charles-André DAVID

Ce n’est pas un scoop puisque ceci est de longue date en ligne et public ; mais les Cadenetiens qui connaissent bien comme leurs célébrités locales André Etienne, le célèbre Tambour d’Arcole et aussi le compositeur romantique Félicien David, sont encore très peu nombreux à savoir que leur bourg fut également la ville natale d’un peintre reconnu par la prestigieuse National Gallery of Art à Washington-DC, capitale des États-Unis, qui en conserve un tableau dans ses collections : Charles-André David, frère aîné de Félicien le musicien

Le tableau est une huile sur toile représentant une adolescente en tenue d’écuyère. Il est signé en bas a droite « 1839 / CHARLES DAVID » :

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Dimensions de la toile : 74.3 x 60.5 cm (29 1/4 x 23 13/16 in.) Avec son cadre : 96.5 x 82.6 x 7.6 cm (38 x 32 1/2 x 3 in.) 

La NGA autorise sur son site la reproduction des œuvres de ses collections considérées du domaine public. Qu’elle en soit remerciée.

https://www.nga.gov/artworks/46490-portrait-young-horsewoman

Origine :

Le compositeur Félicien-César David (1810 – 1876) avait un grand frère, Charles-André David, l’aîné, né lui aussi à Cadenet (1797-1869). Comme le relate très précisément le dr. César JACQUÈME dans son irremplaçable Histoire de Cadenet (Marseille; 1922 – 1924), ce grand frère fut d’abord musicien de fanfare dans l’armée (dans les Cuirassiers au début de la Restauration) , avant de trouver une vocation mieux rémunératrice comme peintre de portraits, notamment de portraits miniatures. NB : À l’époque, celle de la révolution française, où les métiers étaient encore encadrés par les corporations, l’activité de peintre de miniatures (le plus souvent des portraits) était une branche de l’orfèvrerie, ce dont avait été membre à Aix-en-Provence leur père Charles-Nicolas David. Lequel d’ailleurs n’avait pas manqué d’épouser Marie-Anne Arquier fille d’un notable de cette profession dans la capitale provençale d’alors…

Bref, c’est comme portraitiste que Charles-André David alla s’établir d’abord à Paris dans l’île de la Cité. Et en 1839 il y reçu du comte Charles-Victor de la Béraudière (1808 – 1884) la commande du portrait d’une adolescente posant en tenue de cheval. Le tableau qui, au dessus de sa signature « Charles David », est daté 1839, rejoignit alors banalement le mobilier du château familial à Bouzillé, en Anjou près d’Angers… Où il demeura pendant un siècle dans l’anonymat le plus discret jusqu’à la crise de 1929 quand la veuve du fils du commanditaire, Marie-Thérèse, comtesse de la Béraudière, vendit son château, dont on dispersa les meubles aux enchères :

Le tableau de Charles David fut alors acquis à la vente de l’American Art Association de New York, du 11 au 13 décembre 1930 (n°42) par H.E. Russell pour le compte de Chester Dale, banquier new-yorkais et éminent collectionneur américain (1883 – 1962). À la succession de celui-ci, le tableau fut, avec la plupart des collections du défunt, transféré en 1963 à la National Gallery of Art à Washington-DC où il est conservé depuis lors…

A ce stade l’on ne connaît pas l’identité de la personne peinte par Charles David; alors que des demandes d’éléments éventuels à ce sujet ont été sollicités auprès des descendants identifiés de la famille de la Béraudière en France et en Belgique. Le comte Charles-Victor de la Béraudière, le commanditaire d’origine du tableau de Charles David, n’était pas n’importe qui, car il fut en France l’un des collectionneurs majeurs d’objets d’art de son époque au milieu du XIXème, ayant notamment hérité de sa mère de plusieurs collections alors bien connues des amateurs. Après son décès une très importante vente d’objets d’art provenant de son patrimoine eut lieu en mai 1885 en son hôtel particulier parisien, 12 rue de Poitiers, attestant de ses inventaires importants en la matière…Le catalogue de cette grande vente a d’ailleurs été conservé : https://archive.org/details/xviiicat00htel/page/n10/mode/1up

Chester Dale (1883 – 1962) fut un banquier new-yorkais ayant fait sa fortune au NYSE. Marié à Maud Murray, artiste peintre et critique d’art, il devint un collectionneur avisé. Surtout, il se montra soucieux de la diffusion publique des œuvres acquises puisque de son vivant et bien avant sa disparition, il fit dès 1941 un don important à la National Gallery of Art… Ce qui le portera d’ailleurs à présider celle-ci de 1955 à son décès en 1962… Ensuite, son leg posthume à la NGA en 1963 comportera outre des centaines d’objets d’art, plus de deux cent tableaux des XIXème et XXème siècles français, parmi lesquels des Corot, Matisse, Henri de Toulouse-Lautrec, Picasso, Amadeo Modigliani, Dali… Et aussi le portrait d’une écuyère par Charles David…

https://en.wikipedia.org/wiki/Chester_Dale

Autres œuvres de Charles David :

Au début du XXeme siècle, C. Jacquème rapporte que le musée d’Avignon possédait trois œuvres de Charles David :

– La Crècho de la Santo-Enfanço (leg d’Auguste Boudin).

– Portrait de l’auteur (don de M. Bonaparte-Wyse qui l’avait commandé au peintre).

– Portrait d’un officier de son régiment (miniature ronde).

À Avignon et en Provence, Charles David était réputé avoir réalisé des portraits de Glaup, de Roumanille, de Boudin et de Mistral…

Lettre de Félicien David à son frère Charles en janvier 1869 : Lettre émouvante, à la fin de leurs existences, du petit frère Félicien ayant finalement réussi — il va être reçu cette année-là à l’Académie des Beaux-Arts — mais quand même continuellement désargenté, à Charles son aîné (de 12 ans) qui était allé s’établir à Avignon pour y mener joyeuse vie après avoir quitté Paris par désinvolture où pourtant un début d’activité prometteuse de portraitiste aurait dû l’inciter à rester…

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Lettre de Félicien David à son grand frère, Charles-André David 1869

Lettre autographe signée de Félicien David à son grand frère, Charles-André David en 1869; 3 pages; conservée à la bibliothèque-musée Paul Arbaud de l’Académie d’Aix des sciences, d’agriculture, des arts et des belles-lettres :

5 janvier 1869

Mon cher frère 

Tu t’obstine (sic) à ne vouloir pas comprendre ce que je t’ai dit cinquante fois : à savoir que j’ai toutes les peines du monde à vivre avec ma pension; que je ne puis t’envoyer de l’argent que quand on joue à Paris un de mes ouvrages ; ce que j’ai fait jusqu’ici les derniers cent francs que je t’ai envoyés j’ai dû les prendre sur mon trimestre que je n’ai pas encore touché et par conséquence les emprunter. Comment veux-tu que je fasse ? Si je possédais quelque chose je le vendrais pour te contenter. Je n’ai que mon pauvre mobilier qui date de 1845. Voilà ma situation. Une fois pour toutes, il m’est impossible

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de faire pour toi plus que je n’ai fait jusqu’ici. Tu m’accuses de t’avoir perdu. qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce moi qui t’ai engagé à gaspiller ton temps à ne rien faire. La nature t’avait doué d’une rare organisation tu l’as étouffée.  Tu aurais pu produire des œuvres en quantité et te faire un nom dans le paysage. Combien de peintres produisent en province et envoient leurs tableaux a Paris. Puisque je n’ai jamais eu le pouvoir de te faire revenir à Paris que personne ne t’avait forcé de quitter, tu aurais dû trouver l’énergie nécessaire pour gagner toi-même de quoi y revenir. N’accuse donc personne de ta mauvaise fortune. C’est toi qui est le / seul / coupable.

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Tu subis maintenant les conséquences de ta paresse et de ton apathie. Je ne puis plus rien pour toi de plus que j’ai fait . Pour la bonne raison que je n’ai rien. Sitôt qu’on reprendra un de mes ouvrages je m’empresserai de t’envoyer ta part des droits d’auteur, mais jusque là ne compte pas sur moi. J’ai reçu une lettre de Mme Laure (ou Lame ?) qui me réclame la somme de 1,100 T que tu lui dois. il m’est aussi impossible de payer cela que le reste. je lui écris dans ce sens. tout a toi toutes les fois que j’en aurai la faculté.  je désire autant que toi que ce soit bientôt 

Signature de félicien David (avec le signe dièse # pour paraphe et sans jamais mettre de majuscule à son prénom).

Charles-André David décédera quelques mois plus tard à Avignon à 72 ans en novembre 1869 (sa nécrologie dans la presse locale est datée du 28 novembre) et Félicien vivra jusqu’en 1876 retiré du monde à Saint Germain-en-Laye où il s’éteindra à 66 ans.

© www.maisonfeliciendavidcadenet.com

Vie de Charles David :

Surnommé Charlot à Avignon où il faisait partie d’une sorte de confrérie de gais compères, selon le dr. Jacquème dans son Histoire de Cadenet : « une bande de philosophes, rêveurs et chercheurs de la pierre philosophale et du mouvement perpétuel : Joseph Lacroix, Cassan, Boudin… Dans leur réunion annuelle , après les premiers services, le rôti venait escorté de l’ancien vin des Papes , le Chateau-Neuf. Alors se levait Charles David, une figure radieuse et rose de Chérubin, encadrée dans une barbe et des cheveux d’argent crépelus. Il chantait au signal du dessert , sa mirifique chanson : Les Amours de la Goyo et dou Gibous, paroles et musique du chanteur*. Quel triomphe pour David que cette chanson de vieux rapin… « 

*ce titre est pourtant actuellement attribué au felibre toulonnais Louis Pelabon (1843)… C’était en tous cas dans ce siècle passé une très belle et artistique manière alors de célébrer amitié et chaleur humaine par des chansons à table. A Marseille et dans toute la Provence, le grand poète Victor Gelu s’illustra particulièrement dans cet art au service de la convivialité…

Selon l’Almanach Provençal de 1864, « l’honorable Charles David, l’inventeur breveté de la Charrette des Porcs et du fromage de Baleine, vient de trouver un engin pour y voir la nuit. C’est au moyen des lunettes qu’il nomme : Chat, Crapaud, Hibou, Rat, Ocle. Les verres de ces bésicles sont faits avec des yeux de chat, de crapaud, de hibou, d’effraie, de chauve-souris, de panetière et d’autres; en un mot de toutes bêtes que l’on voit la nuit… »

L’Armana prouvençau de 1871, après son décès, le présenta ainsi : « … le bon Charles David, de Cadenet, peintre miniaturiste et frère aîné du musicien Félicien David. Esprit jovial et moqueur, rêvant des choses impossibles, fouettant les hannetons comme on dit, à deux liards le mille (s’occupant de vétilles) ; il écrivait pour l’Almanach Provençal, la Charrette des Porcs, le Fromage de Baleine, la Grande Flûte, les Bésicles pour y voir la nuit et d’autres choses impossibles. Bonhomme, aimé de tout le monde. On l’appelait le Prophète, à cause de certaines prédictions sur le Siège de Paris, qui se fait aujourd’hui, et aussi à cause de sa tête de patriarche. »

Références bibliographiques sur Charles-André David :

1869 : Boudin, Auguste. « Nécrologie de Charles David. » Le Méridional (Avignon), 28 novembre 1869.

2000 : Eitner, Lorenz. French Paintings of the Nineteenth Century, Part I: Before Impressionism. The Collections of the National Gallery of Art Systematic Catalogue. Washington, D.C., 2000: 191.

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